Tout a commencé directement à l’aéroport international du Kansai. À peine le tapis roulant avait-il livré ma valise sans ornements que je les ai découverts dans la foule des voyageurs qui affluaient vers le JR Haruka Express à destination d’Osaka : de petites peluches qui se balançaient au bout de sacs à dos et de sacs à main. Certaines semblaient aussi bon marché que du matériel de lancer de carnaval, d’autres brillaient de leurs longs poils en fourrure synthétique noble. Au Japon, les breloques en peluche sont considérées comme des amulettes de protection modernes. Pour les jeunes, elles sont des compagnons émotionnels. Un monstre en peluche accroché à un sac à dos apaise, chasse la solitude et tient fidèlement compagnie dans le quotidien des pendulaires. Mais porter sa peluche préférée n’est que le début de la culture des bag-charms aux multiples facettes.

Gachapon : le bonheur en capsule
Au Japon, où la communication reste souvent subtile, les charms en peluche révèlent des intérêts sans qu’un mot ne soit prononcé. L’accès à ces compagnons duveteux est très simple : des milliers de distributeurs de capsules crachent chaque mois de nouvelles mini-figurines en peluche bon marché, qui s’adaptent parfaitement aux sacs. Dans les grandes villes comme Osaka et Tokyo, on les trouve presque à chaque coin de rue – souvent en groupe ou dans des boutiques spécialisées dont les allées se remplissent de gachapons, les capsules surprises. Les grands magasins leur consacrent des étages entiers, où il suffit de tourner la machine pour obtenir le prochain pendentif porte-bonheur.

Il suffit d’une pièce de monnaie pour que la capsule roule à travers l’écran transparent. Au Japon, un gachapon coûte généralement entre 200 et 500 yens – par tour. Ce qui se cache dans la capsule reste un secret jusqu’à ce qu’elle soit ouverte. C’est le principe de la glace surprise ou des vignettes Panini : on achète un chat dans un sac. La collection et l’échange captivent les acheteurs et les entraînent dans un tourbillon. Depuis des années, ce commerce est en plein essor, à tel point que l’on parle d’une économie de la Blind Box.

De la tendance à la culture pop
Les petites figurines et les breloques accrochées aux sacs existent au Japon depuis les années 1970. C’est à cette époque que le personnage de Sanrio, Hello Kitty, a conquis les cœurs – d’abord comme mascotte et pendentif de sac. Aujourd’hui, l’adorable chat orne les trains rapides japonais et fait même signe depuis l’aile arrière de certains avions. Dans les années 1990, des jouets en forme de capsule avec des minifigures ont fait leur apparition dans les sacs et, plus tard, dans les téléphones portables. Depuis fin 2023, la tendance est en plein essor : des sacs à dos entiers sont ornés de pendentifs en peluche – et l’engouement ne faiblit pas.

La tradition des omamori au Japon
Pour comprendre pourquoi les pendentifs en peluche sont si populaires au Japon, il suffit de jeter un coup d’œil sur les omamori. Ces petites amulettes protectrices sont vendues dans les sanctuaires et les temples. Chacune d’entre elles promet une bénédiction : la réussite scolaire, la santé ou un partenariat heureux. La tradition des porte-bonheur personnels remonte à plusieurs siècles. Beaucoup portent leur omamori sur eux tous les jours, souvent sans s’en rendre compte. Mais les omamori ont une date d’expiration – on les remplace généralement au bout d’un an. Derrière cela se cache une logique familière : un petit objet protège, réconforte, motive et sera renouvelé un jour ou l’autre.

Pour les Japonais, un omamori réunit les rôles de porte-bonheur, de signe de prière et d’encouragement personnel. Les pendentifs en peluche assument aujourd’hui cette fonction émotionnelle. Ce contexte culturel explique pourquoi le Japon a si rapidement adopté la tendance des pendentifs en peluche. L’idée de porter sur soi un objet décoratif chargé de sens est ancienne. Il y a plus de mille ans, les pèlerins du Kumano Kodo emportaient déjà des amulettes de protection. Les femmes, pour lesquelles un pèlerinage était souvent particulièrement dangereux, portaient les bijoux protecteurs de manière visible sur leur kimono. Les pendentifs en peluche ne sont que la variante moderne.


De l’élève en uniforme à l’enfant de la mode de rue
Dans le système scolaire japonais, régi par des uniformes strictement coupés, c’est un peu comme dans un jeu vidéo : on commence au niveau le plus bas, sans compétences et sans identité propre. Avec l’âge, les goûts, les préférences et les béguins se développent. Les filles surtout, mais aussi les garçons, affichent d’abord leur individualité de manière discrète, par exemple par des accessoires. Les pendentifs en peluche révèlent leur style sans surcharger leur tenue. De nombreux jeunes de la génération Z choisissent des pendentifs qui s’accordent avec leurs vêtements, d’autres misent sur des pièces qui soulignent leur appartenance aux fans. Ceux qui peuvent s’offrir une pochette originale Louis Vuitton ou d’autres marques de luxe aiment jouer sur le contraste entre la haute couture et les mascottes bon marché des distributeurs de capsules. Dans les grandes villes, les écoliers autrefois sages se transforment en véritables street fashion kids. Cette génération consciente de la mode est appelée gyaru. Ils expérimentent avec audace et se montrent dans des styles variés : du Kongyaru, le look d’écolière, au Decora, un style volontairement surchargé avec des tons pastels, des couleurs fluo criardes et des accessoires portés en couches. En se promenant dans les quartiers commerçants de Tokyo et d’Osaka, elles deviennent elles-mêmes une attraction, y compris pour les touristes.

Nuigurumi Ryokō : peluche en voyage
Loin de Shibuya et de Dotonbori, une variante plus subtile de l’oshi-katsu – la dévotion à sa mascotte préférée – se manifeste. Je m’étais habitué depuis longtemps aux pendentifs en peluche qui pendent aux sacs à dos et n’y prêtais plus guère attention. Mais à Hakone, près du cratère actif du volcan Ōwakudani, j’ai été étonnée : un jeune homme a sorti d’un sac transparent la peluche bleue accrochée au sac à dos de son amie, l’a posée sur le parapet de la balustrade et l’a photographiée devant les fumerolles de soufre. Voilà à quoi ressemble le nui-katsu – une activité typiquement pelucheuse. Mais cela va encore plus loin : lors de ce que l’on appelle les voyages par procuration, les Nuigurumi Ryokō, on confie sa peluche à un agent de voyage en peluche qui l’envoie en voyage. Les influenceurs d’Instagram et de TikTok encouragent cette tendance en partageant des photos de leurs avatars en peluche. On n’y voit toujours que la mascotte.

Omamori : des amulettes protectrices repensées
Plus de la moitié des fans de peluches ne photographient que leurs charms, afin d’afficher leur personnalité sans risque. Même si ces activités de peluches semblent décalées, à l’époque des posts Doom et des deep fakes, il est tout à fait intelligent de ne se montrer que sous la forme de son propre avatar. L’omamori en tant qu’amulette de protection contre les dangers lors de longs voyages comme sur la route commerciale Nakasendo ou les routes de pèlerinage du Kumano Kodo prennent une nouvelle signification. Les criminels d’aujourd’hui ne se cachent plus au bord de la route, ils se déplacent virtuellement.

La recherche a été soutenue par plusieurs préfectures japonaises.
